Survivre à ses corrections éditoriales
- Claudie Ogier
- 20 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 févr.
Un guide en trois étapes

Survivre à ses corrections édito : rien de moins que ça !
Pour celles et ceux qui connaissent mal les rouages et les différentes phases du processus éditorial, il s’agit d’une étape primordiale et particulièrement stressante dans le quotidien d’un auteur.
En gros, c’est le moment où l’on reçoit les corrections « de fond » pour notre roman. On ne parle pas ici de fautes d’orthographe ni de conjugaison, mais bel et bien de traquer les incohérences et les faiblesses de notre manuscrit.
Il peut y avoir différents niveaux de corrections éditoriales. Déjà, si vous êtes entourés de super bêta-lecteurs (pro ou non), vous aurez déjà eu l’occasion de retravailler votre texte en fonction de leurs retours. Ceux-ci peuvent porter sur le fond de l’histoire, mais aussi sur la forme (répétitions, phrases alambiquées…), en fonction de ce que vous avez convenu ensemble.
Ensuite, deux cas de figure : soit vous avez signé un contrat avec votre éditeur, celui-ci vous transmet ses retours et vous retravaillez votre texte selon le calendrier fixé ensemble, soit on vous demande de modifier certains aspects de votre texte AVANT de signer. C’est rare, mais cela peut arriver, dans le cas où les changements sont majeurs et nécessitent une vraie réécriture avant validation de l’éditeur.
Cela n’a jamais été le cas pour ma part, pour autant, on ne peut pas dire que cette étape soit simple.
La quantité de corrections, pour commencer ! Croyez-moi, la première fois, ça fait peur et ce, même si on a été prévenus. On parle de plusieurs centaines de commentaires de tous types qu’il va falloir traiter.
Comment ça se passe ?
D’abord, on convient d’un calendrier avec son éditeur et d’un certain nombre d’allers-retours (pour ma part, 3. À réception des premières corrections, un premier retour de ma part sous 3 semaines, puis un deuxième 2 semaines plus tard et un dernier pour peaufiner les derniers détails sous 1 semaine).
Généralement, on reçoit les corrections sous Word et on peut afficher les commentaires qui ont été directement apportés au texte sous l’onglet révision (c’est super pratique, ça permet de garder une trace de toutes les modifications apportées mais aussi de les masquer au besoin).
Première étape, donc : respirer un grand coup et prendre connaissance de la quantité de commentaires apportés. Et là, ça fait mal…
Les remarques sont de différents types : il peut s’agir de couper des parties de texte (kill your darlings, comme on dit), d’éclaircir un point, de modifier l’ordre des chapitres, de retravailler un paragraphe…
Parfois aussi, il s’agit de questions, concernant un point à éclaircir pour l’éditeur. Et parfois même, si on est assez chanceux, de commentaires élogieux sur certaines parties du texte.
L’auteur étant le propriétaire intellectuel de l’œuvre, on ne peut le forcer à faire certaines modifications. C’est pourquoi il peut arriver que celles-ci soient demandées avant la signature, pour que les deux partis soient bien alignés sur l’esprit d’un texte. Néanmoins, il est très important de garder à l’esprit que votre éditeur et vous avez le même objectif : améliorer le roman et l’amener à résonner de la meilleure façon auprès d’un lecteur. L’éditeur a l’œil expert et le recul nécessaire pour avoir une vision d’ensemble de votre œuvre qui va lui permettre d’atteindre son plein potentiel. Il faut donc parfois accepter de dire adieu à certains de nos passages préférés…
1 - Un plan de correction
Voilà pourquoi, lors de ma deuxième expérience, j’ai décidé de mettre en place un plan d’action pour ne pas me laisser submerger par la quantité de modifications à traiter et garder la tête hors de l’eau.
Une première passe pour prendre la température et noter les grandes problématiques récurrentes mais ne pas les traiter immédiatement
L’idée est de laisser mariner ces grandes questions dans coin de ma tête pendant que je traite les corrections « faciles », c’est-à-dire celles qu’il suffit d’accepter ou de refuser, type changer un mot pour un autre, ajouter un mot manquant, accepter une suppression… Cela permet de résoudre une grande partie des commentaires afin qu’ils ne nous polluent plus visuellement
Repasser une nouvelle fois sur le texte pour traiter les corrections « moyennes », celles qui demandent un peu de réflexion, mais pas trop : réécrire un paragraphe, modifier une date, changer le point de vue d’une scène
Et enfin, s’atteler aux modifications majeures du textes. Il peut s’agir d’éliminer un personnage (et donc d’attribuer tout son enjeu narratif à un autre), de supprimer des chapitres entiers et de ventiler toutes les informations indispensables qu’il comportait ailleurs dans le texte, ou encore de modifier des éléments fondamentaux de l’intrigue. Pour ma part, c’est également là que je range les questions épineuses soulevées par l’éditeur auxquelles je n’avais pas pensé au cours de l’écriture
« Oui, mais s’il y avait une hache dans le coin de la pièce, pourquoi ne l’a-t-elle pas prise lorsqu’on l’a attaquée lors du chapitre précédent ? »
Ces corrections-ci, ce sont celles qui vont demander de la réflexion, de la réécriture mais également une vérification méticuleuse que les modifications apportées n’en n’entraînent pas d’autres.
Elles peuvent venir totalement bousculer la construction d’une intrigue et nécessiter un travail important dans un temps très limité.
2 - Tout envoyer valser
J’avais donc le plan, je connaissais la théorie, et j’étais prête à en découdre avec mon texte.
Quelque-part, je pensais que les choses seraient plus faciles : d’une part parce que ce n’était plus la première fois, d’autre part parce que mon attachement à ce nouveau texte était différent. Non pas que je ne l’aime pas, non, loin de là. C’est même tout l’inverse. Simplement, il m’a fallu des années pour écrire mon premier roman et il a subi plusieurs réécritures avant son envoi auprès de maisons d’éditions, aussi j’avais l’impression de tout maîtriser et qu’un léger déséquilibre pourrait tout faire s’effondrer.
Cette fois, ça a été différent. J’ai écrit mon deuxième manuscrit beaucoup plus rapidement et je ne me suis pas accordé une longue pause avant de le relire et de l’envoyer à mon éditeur, aussi je savais qu’il y aurait de plus nombreuses corrections de fond, mais qu’elles seraient plus faciles à digérer.
Spoiler Alert : oui… et non.
Alors certes, quand j’ai reçu mes corrections, je n’ai pas été surprise par la quantité de remarques et certainement moins sensibles à certaines d’entre elles. Néanmoins, dès les premières pages, j’ai constaté combien certaines étaient épineuses et allaient me demander énormément de travail.
J’ai essayé de continuer selon mon plan d’action, mais je me suis heurtée à un premier problème technique : impossible de faire le tri entre les différents types de commentaires, donc beaucoup plus difficile de les ignorer alors qu’ils étaient sous mes yeux.
Un second problème, bien plus important : la panique. J’ai sincèrement été saisie d’effroi face à la quantité de travail et je ne parvenais pas à passer à la correction suivante en laissant de côté celle que j’avais sous les yeux et qui me polluait littéralement le cerveau.
J’ai donc abandonné toute idée de m’en tenir à un plan, et j’ai commencé à traiter les corrections une par une. J’ai seulement laissé de côté 3 ou 4 difficultés majeurs que je ne pouvais pas résoudre dans l’immédiat (dans l’espoir que mon cerveau y travaillerait pour moi en background) et j’ai entrepris de prendre les commentaires dans l’ordre.
Certains étaient traités d’un claquement de doigts, d’autres me prenaient la journée. Mais petit à petit, j’ai avancé.
3 - Le dialogue
Il n’empêche que certaines modifications demandées me filaient carrément des sueurs froides.
J’ai alors eu la chance de dialoguer avec une collègue autrice lors d’un salon et elle m’a permis de voir les choses sous une autre perspective : personne ne connait ce texte mieux que moi. Moi aussi, je pouvais interroger et mettre en doute certaines questions soulevées. J’avais beau le savoir de façon théorique, je ne m’étais pas autorisée, non pas à refuser des modifications, mais à en discuter pour bien en cerner tous les aspects. Ne serait-ce qu’avec mon entourage, pour prendre la température et recueillir des avis qui m’ont permis d’être plus objective.
Le fait d’en prendre conscience ne m’a pas conduite à laisser tomber toutes les modifications que je jugeais trop difficiles mais à choisir mes combats. J’ai opéré la plupart des modifications demandées, sans hésiter à demander confirmation ou questionner lorsque celles-ci entraînaient un bouleversement important.
Puis j’ai parlé des quelques sujets sensibles restants avec mon éditrice, qui est toujours bienveillante et ouverte à la discussion. Nous avons trouvé des compromis à chaque problématique et le plus beau c’est que cette version est finalement celle qui nous convient le plus à toutes les deux.
Moralité ? Les plans d’action, c’est bien, le dialogue, c’est encore mieux.
Moralité bis ? Mollo sur la caféine et toujours se féliciter de ses petites victoires Si vous avez besoin d’une pause respiration (ou petit bonbon) toutes les trois corrections, prenez-la <3


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